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Deux novembre mille neuf cent... Il y a longtemps : « Encore une fille ! Encore une fille ! » Ma naissance fut accueillie par les hauts cris contrariés de ma grand-mère maternelle, Setsi Tassadit pour « grand-mère Tassadit ». Je n'étais pourtant que la deuxième fille de la famille mais la fille de trop ! La famille comptait deux filles et pas de garçon !
Elle espérait tant un garçon pour asseoir définitivement sa fille dans la famille de son gendre. Deux années plus tard, une troisième fille vint grossir la fratrie. Ma grand-mère l'interpréta comme un châtiment de Dieu pour les blasphèmes proférés à ma naissance. Dieu donne la vie : garçon ou fille, un enfant est un don de Dieu à recevoir avec reconnaissance. Elle implora le pardon divin, fit trois jours de jeûne de contrition en gage de repentance. La venue de mon frère Kamel la rassura. Dieu avait reçu son message cinq sur cinq. Les naissances successives de deux autres garçons, Smaïn et Djamel, achevèrent de la tranquilliser quant au pardon divin et à l'avenir de sa fille unique. En ce début des années cinquante, un enfant mâle était un avantage pour s’enraciner dans la famille kabyle.
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Treize novembre 1993, environ 14 heures, aéroport international Toulouse-Blagnac : je sors de l’enceinte des arrivées. Tanina et Maryama, mes deux filles, m’accompagnent. Tanina a quatorze ans, Maryama, six. En ce 13 novembre, je me sens perdue, désorientée. J’ai fini par faire le saut dans l’inconnu, les circonstances m’y ont précipitée. Je suis loin de l’image caricaturale de l’immigré qui arrive en France pour jouir d’un confort de vie économique, ce même confort que moi, j’ai été contrainte de laisser à Alger pour m’engager dans l’inconnu. Je vis ainsi une véritable déchirure qui me plonge dans le désarroi.
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La table est dressée comme pour une fête. Nous avons sorti les assiettes spéciales chorba, plus creuses que les normales mais plus évasées qu’un bol. Fines et joliment décorées, elles ne sortent du bahut de la salle à manger que pour le Ramadan. Complètent la table, des assiettes plates pour la suite du repas, des verres, le pichet d’eau et enfin, la corbeille de matlo’e, un pain maison à la pâte levée et à la mie légère, légère... Un linge blanc en toile de coton l’enveloppe et le maintient au chaud. Si ce pain accompagne avec bonheur tous les plats, il est délicieux, quand il est tartiné, encore chaud, de beurre ou enduit d’huile d’olive. Son meilleur mariage est toutefois avec une salade de poivrons et de tomates grillés, décorée d’olives noires et assaisonnée d’huile d’olive. Humm ! ! ! Sa seule évocation me donne l’eau à la bouche !